Internet et nouvelles valeurs

L’ensemble de toutes les « explications possibles » s’est tellement étendu avec internet, qu’il impose à tous de nouvelles valeurs intellectuelles.

Dans cette série de billets, je vais tenter de partager différentes idées engageantes. La première est l’urgence absolue d’une éthique de la critique renouvelée en raison des conditions révolutionnaires créées par l’internet. La première étape est de faire état de cette nouvelle situation, de lui donner du sens. C’est l’objet de ce billet.

Au tournant du 20ème siècle, Autret (2002) cité par Gérald Bronner (2013) relevait qu’on avait en 5 ans produit plus de contenus écrits que depuis Gutemberg ! En 2005, on a mesuré 150 exabits (1018) de données nouvelles pour 1200 exabits en 2010 ! Cela ne cesse d’augmenter. Par comparaison, on estime à 1011 le nombre de neurones et 1015 le nombre de synapses. Pour rappel le nombre d’atomes dans l’univers observable est lui estimé à 1080.

Vers 1450, lorsque Gutemberg, à Mayence imprima les premières bibles, une infime partie de l’humanité produisait et accédait aux « textes » : quelques universitaires, quelques moines et quelques aristocrates. Il fallait les recopier, les stocker dans des bibliothèques à l’accès malaisés et contrôlés par des institutions.

A présent, une très grande partie de l’humanité quelques milliards de personnes lisent et créent des pages web tous les jours. Les productions de l’esprit ne sont plus réservées à une toute petite partie de l’humanité, ni surtout pilotées ou contrôlées par une institution ou un tiers de confiance tel que le « maître » ou le « prêtre ».

Quels sont les effets de ce nouvel environnement numérique, de cette offre pléthorique d’explications, disponible presque partout, à tout instant, à l’adresse de presque tous. L’école, de la maternelle à l’université, peut-elle l’ignorer ? Peut-on encore faire sienne cette position de Blaise Pascal ?

« Puisqu’on ne peut être universel en sachant tout ce qui peut se savoir sur tout, il faut savoir peu de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d’une chose ; cette universalité est la plus belle ».

Est-elle encore tout simplement tenable alors qu’il semble tout à fait impossible à présent « de savoir quelque chose de tout » ? Mais précisément, que peut-on apprendre ? Que doit on apprendre ? Où apprendre ? Qui va m’apprendre ?  Quelle universalité reconstruire ?

Nous nous consacrerons dans les prochains billets à discuter certaines de ces questions. Pour le meilleur ou le pire, l’école, la pratique de chaque enseignant est de ce simple fait en question … (à suivre)